Galets trouvés
Par Franck le dimanche, décembre 12 2004, 17:21 - Galets trouvés - Lien permanent

Les galets à Plovan, les galets à Penhors, à Gwendrez, les galets comme un tapis de pierres, toutes les mêmes à première vue mais chacune unique, singulière, façonnée, sculptée par le vent et la mer, vague après vague…
Les galets juste avant le sable comme une frontière, barrière fragile entre les eaux et…, si souvent rompue, zone inondable par essence, que l’océan recouvre à volonté.
J’écris sur ces galets qui sont appelés à changer de forme inéluctablement au gré du temps et des éléments. Ces galets peuvent être réduits jusqu’à devenir sable. Je les marque d’une encre qui s’effacera partiellement puis totalement – pluie, marées, coefficients, tempêtes -, l’encre s’effacera avant que les galets ne se métamorphosent, mais ce n’est là qu’affaire de temps différents et identiques à la fois.
Si toutefois l’océan n’a pas totalement enfoui les galets-supports au hasard des courants, un promeneur, un pêcheur, un baigneur trébuchera peut-être sur l’un d’eux, le découvrira, le lira.
Lire le galet, ne pas le lire, poser ses pieds ici ou là, à quoi tiennent ces instants, ces faits et gestes si cohérents logiques mais aussi si incongrus. Puis si personne ne trouve la pierre écrite, la pierre lecture, eh bien rien…elle redeviendra pierre entière rendue à sa virginité par les temps. Ces galets, au contraire, pourront être comme les cailloux du petit poucé, l’aide textuelle d’un chemin, d’un parcours. Ils pourront aussi faire l’objet d’un jeu de recherche, un peu comme l’on cherche les œufs au jardin à Pâques…
J’ai engagé le processus des galets trouvés début août à Plovan. C’est une plage située entre Penhors et Tronoën. J’ai choisi 7 galets de taille moyenne où j’ai placé 7 petits textes ainsi livrés à la sagacité de l’océan, au bon vouloir des visiteurs de la plage. J’ai fait des photos de ces galets trouvés avec l’intention de les mettre sur internet. Je n’ai pas signé ces galets, j’ai inscrit sur la face libre mon adresse électronique.
De retour à Saint-Denis, ce projet va se heurter à des difficultés pratiques et matérielles. La distance des côtes bretonnes à Paris, la distance des côtes tout court…Il ne faudrait pas que ces galets trouvés deviennent des devoirs de vacances.
Je vais donc devoir utiliser d’autres supports qui fassent autant la part belle à l’énergie de la nature, à l’aléatoire, au jeu des rencontres fortuites entre texte et lecteur. Je crois que je ne supporterai plus d’écrire sur des carnets qui finissent dans des classeurs, qui eux-mêmes finissent dans des tiroirs. Textes ainsi portés aux pertes et profits après avoir essuyé les refus des éditeurs. La poésie n’a pas sa place – pas de place – dans l’édition. Les livres ont-ils de la place dans l’édition ?
Au moins ici – ou là, mes textes prendront l’eau, le vent, au mieux seront touchés et lus à la fois, et pourquoi pas emportés vivants. D’autres supports en écho aux galets : des poèmes-affiches, des autocollants dans les rues, dans la ville – villuestextes -, des bouteilles au fleuve, des mots dans les arbres comme des guirlandes – arbraparoles -, …

Commentaires
A Saint Denis, les galets sont cubiques, pavés des rues piétonnes, bordures de trottoirs..... Déroules-y tes guirlandes de mots et d'écume.
Quel beau propos que le votre...
Et que vos galets sont poétiques à en pleurer de joie...
Une visite que je renouvelle.. j'avoue venir souvent me promener en espérant toujours trouver vos galets à la mer.. comme ces bouteilles que l'on jète au loin et dont on ne sait pas le destin...
Merci pour cette atmosphère qui est la votre..
Mes amitiés,
Jezaria